Prise en charge VS souveraineté

L’expression « prise en charge » est passée dans le vocabulaire courant dans le domaine de la santé maladie à tel point qu’on ne prête plus attention à ce que cela présuppose et suggère d’un point de vue inconscient. Qu’est-ce que cela évoque pour vous, d’être « pris(e) en charge »? Ne trouvez-vous pas cette expression déplacée? Ne vous dérange-t’elle pas?

Celui qui prend en charge … porte donc à notre place cette « charge », le poids, le fardeau…? On se refile la « patate chaude »? Mais de quelle CHARGE parlons nous? De son corps? De sa psychologie? De soi?

Attendre d’être pris en charge, n’est-ce pas démissionner, renoncer à sa souveraineté? Concéder le pouvoir et la responsabilité que nous avons naturellement sur notre vie? Laisser l’autre disposer de soi? Accepter d’être considéré comme un objet confié à une personne extérieure à qui l’on donne toute autorité sur son corps, sur sa vie? Si vous ne vous accordez pas plus de valeur qu’un simple objet, ne soyez pas surpris si certains n’ont pas plus d’égard que ça à votre encontre…

Et selon quels motifs? L’autre sait mieux que soi? Ah bon? Toujours? En toutes circonstances? … En voilà une croyance à questionner…

Pour ma part, je refuse catégoriquement d’être « prise en charge » dans quelque domaine que ce soit, tout comme de prendre en charge qui que ce soit. Même si pour certains, cela est juste une « expression », elle est loin d’être anodine. Elle ne fait pas partie de mon vocabulaire.

A mes yeux, nous sommes des être souverains et nous seuls avons le droit NATUREL d’exercer un pouvoir sur nous-même. Il ne m’appartient pas d’avoir des attentes pour l’autre; chacun avance à son rythme et sur sa voie propre et unique. Chaque personne est libre et responsable de ses choix. Aussi, je ne prétends pas « savoir » pour l’autre. Dans le cadre de mes accompagnement, j’émets des hypothèses en m’appuyant sur mon expérience et seule la personne concernée est à même de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse. Dans tous les cas, je propose et n’impose rien.

Pour tout dire, je pense même que s’en remettre à une tierce personne, démissionner de son propre pouvoir participe au problème. Laisser faire pour soi, se désengager du processus et donc être dans la passivité ne génère pas une énergie de changement, quel qu’il soit. En revanche, être acteur de son changement, s’impliquer, c’est assurément faire une grande partie du chemin.

Typiquement, les techniques que je pratique ne se font pas « sur » quelqu’un mais « avec »: c’est avant tout une coopération, un travail d’équipe entre la partie consciente, la partie inconsciente et le praticien. Aussi, celui qui a dans l’idée qu’il va s’asseoir et « dormir » en attendant que « ça » se passe, n’a pas trouvé la bonne personne. Il y aura toujours des praticiens qui seront ravis de jouer ce rôle là. Chacun est libre, n’est-ce pas?